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Dougie était quand même passé dans la soirée. C'est seulement quand il m'a tendu mon sac que j'ai remarqué que je l'avais laissé en classe. Je sentais son inquiétude, alors agissait comme si de rien n'était pour ne plus le voir comme ça. Mais j'agissais bizarrement, j'en étais consciente. A un moment, il m'avait interrompu dans une histoire. La tête basse, il avait parlé bas, très bas. J'ai du tendre l'oreille pour pouvoir l'entendre.
- Par moments, j'aimerais que ce soit moi qui puisse comprendre ce que tu ressens...
J'étais restée immobile, surprise plus qu'autre chose. Il n'aimait pas parler de ça, et pourtant, c'est lui qui avait lancé la conversation la dessus. Sa tête s'était redressée et il m'avait lancé un petit sourire d'excuse. Il ne voulait pas me vexer, juste me comprendre. J'avais alors trouvé refuge dans ses bras en lui murmurant que tout allait bien. Le soir, j'eus du mal à dormir. Je repensais sans cesse aux évènements de la journée. Au total, j'ai du fermer les yeux pendant deux heures, peut être trois. Le réveil fut plutôt difficile. Et le chemin du lycée encore plus. J'étais fatiguée. Et je ne voulais pas revoir ce garçon. Une petite vague d'inquiétude caressait mon corps et je devinais la présence de Dougie quelques mètres derrière moi. Je me retournais et lui souriais, comme si de rien n'était. Lorsque nous étions entrés en classe, Julian, Tom et Harry s'étaient jetés sur moi pour avoir des explications. J'étais principalement entourée de garçons. Tout simplement parce que les émotions des filles étaient plus difficiles à gérer que celles de leur opposé. Après avoir réussi à les calmer, j'allais à ma place, près de la fenêtre. Daniel n'était pas la, et je soupirais de soulagement. Sauf qu'il entra dans la cours à ce moment la. La tête dans son écharpe, il avançait comme la veille. Il se tenait à deux mètres des vitres lorsqu'il s'était arrêté. Son regard à rencontrer le mien. Et une révélation me frappa de plein fouet. Comment avais-je pu penser le détester ne serait-ce qu'un instant. Son regard profond, torturé par les remords, son air fatigué, ses épaules voûtées en une protection imaginaire. Il n'était qu'un garçon qui souffrait. Et malgré ça il restait beau. Oui, beau. Pas mignon, ni canon. Juste beau. Ses traits imparfaits étaient pourvus d'un grand charme, n'importe qui aurait pu se noyer dans l'océan de ses yeux. Moi y compris. Il me dévisageait aussi. Il me voyait pour la première fois, tout comme je découvrais son visage. Nous étions restés plusieurs minutes ainsi, sans bouger.
- Qu'est ce que tu fais? demanda Tom en s'asseyant à mes côtés.
Tom était un garçon attachant. Je l'avais rencontré trois ans avant, grâce à Dougie. Il avait une tête d'ange, dotée d'une fossette adorable sur la joue gauche, qui rendait son sourire irrésistible. J'avais senti bien des sentiments à son égard, mais une seule fille comptait réellement à ses yeux. Giovanna. Sa Gi, comme il aimait l'appeler. Tout son amour lui était destinée, et j'enviais Gio. Pas que je fusse amoureuse de Tom, non. Mais leur relation était fusionnelle, comme rarement je ne l'avais vu.
- Rien... répondis-je simplement en lui souriant.
Je savais qu'il voulait simplement s'assurer que j'allais bien. Je tournais mon regard vers la fenêtre. Daniel avait disparu. Une de mes mains agrippa la table. Il allait entrer, m'assaillant sous ses sentiments. Je fermais les yeux et respirais fortement. La rencontre fut moins douloureuse cette fois ci. J'étais préparée. Mais ses sentiments s'étaient néanmoins heurtés brutalement contre mon c½ur. J'inspirais et expirais plusieurs fois de suite, pour calmer les battements qui se répercutaient dans toutes les parties de mon corps. Une pointe d'inquiétude perça ce mur de tristesse. Je levais les yeux vers Dougie, mais ça ne venait pas de lui. C'était Lui. Daniel. Il était assis à mes côtés et me regardait comme s'il s'attendait à ce que je m'écroule encore une fois. Une fois de plus, nous nous dévisageâmes en silence. Ce petit manège me fit presque oublié la douleur qui assaillait mon être. J'étais perdue dans ses iris, ayant oublié mon corps et le reste de la classe.
- Hey Danny! cria Dougie, tu mange avec nous ce midi?
Je lançais un regard interrogateur vers Dougie. Il n'avait jamais aimé s'occuper des nouveaux venus. Je ne comprenais pas. Et face à la grandeur des sentiments de mon voisin de table, je ne pouvais même pas sentir ceux de mon ami. Il me souriait et me lança un clin d'½il. C'est la que je compris, il avait remarqué l'intérêt que je portais à Daniel, bien qu'il l'interprétait de la mauvaise façon, et pensais me rendre service en l'invitant à notre table. Le brun n'avait pas vu ni compris le manège de mon ami. Il était simplement surpris.
- D'accord, fit-il tout bas.
J'aurais aimé pouvoir me replonger à nouveau dans cet océan, me coupant du monde et de ses sentiments blessants, mais le professeur entra dans la pièce et commença son cours. J'avais du mal à me concentrer. Et je n'arrivais pas à distinguer si cette déconcentration venait de moi, à cause des sentiments de Daniel, ou si elle venait tout simplement de lui. J'étais frustrée. Frustrée et blessée. Je ne pouvais même plus différentier mes sentiments de ceux de mon voisin. Alors que je dessinais sur une feuille blanche, à moitié camouflée par mon cahier de physique, ma main se crispa, faisant miroir à mon c½ur, et mon crayon cassa. Je tournais immédiatement le regard vers Daniel. Il fixait mon dessin, les poings serrés si forts que ses jointures étaient devenues blanches. Je regardais mon dessin. Une mère qui porte son enfant dans ses mains. Il souffrait. Je comprenais alors que sa tristesse était probablement en rapport avec sa mère. "Ma Faute". Cette fois ci je ne le haïssais pas. Du moins, pas comme je le faisais la veille. Je n'avais qu'une envie, c'était de le prendre dans mes bras, de le réconforter. Je froissais mon dessin sous ses yeux surpris et le laissais trôner sur la table, attendant d'être jeté à la poubelle. Je n'avais pas le droit de lui infliger plus de douleur qu'il n'en avait déjà.
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